Dans le sud-ouest algérien, à quelques centaines de kilomètres de la frontière marocaine, s’étendent les camps de Tindouf. Depuis près de cinq décennies, ils abritent une population de réfugiés sahraouis, fuyant leur pays de la guerre, estimée à environ 173 600 personnes dont une grande partie sont des enfants, nés sur place, qui n’ont jamais connu d’autre horizon que ces étendues de sable et ces rangées de tentes. Ce qu’on appelle pudiquement une « situation prolongée » est pour eux leur train de vie de toujours. Dans ce désert hostile, marqué par des températures extrêmes notamment en été et un isolement profond, les droits les plus fondamentaux; ceux que la Convention internationale des droits de l’enfant proclame universels et inaliénables, se révèlent d’une fragilité alarmante d’où le rôle déterminant de l’UNICEF dans la protection de ces droits. Dès lors, une question s’impose : comment garantir durablement les droits des enfants lorsque l’urgence devient permanente ?
Des corps fragiles : la réalité nutritionnelle et sanitaire des enfants sahraouis.
La question de la santé et de la nutrition est au cœur des préoccupations. Selon les données de l’UNICEF, seul un enfant sur trois bénéficie d’une alimentation suffisamment diversifiée pour assurer un développement équilibré. Derrière ce constat, les conséquences sont lourdes : environ 10 % des enfants souffrent de malnutrition aiguë, tandis que plus de 50 % présentent des signes d’anémie. Ainsi ces chiffres révèlent une situation médicale alarmante qui en s’étendant sur le long terme risque d’être destructrice quant à la structure corporelle des enfants sahraouis. La malnutrition touche plusieurs parties du corps; elle affecte notamment le développement cognitif, la capacité d’apprentissage, et donc l’avenir même de ces enfants.
Dans ce contexte, l’action de l’UNICEF est déterminante. L’organisation intervient à chaque étape de la petite enfance, notamment durant les 1 000 premiers jours, une période cruciale pour le développement. Elle met en place des programmes de prévention en fournissant des vaccins, distribue des compléments nutritionnels et accompagne les mères pour améliorer les pratiques alimentaires.
En parallèle, l’UNICEF soutient les structures de santé locales et mène des campagnes de vaccination. En 2024, plus de 21 000 enfants de moins de cinq ans ont été vaccinés, dont 6 000 qui n’avaient jamais reçu de vaccin auparavant. Ces actions permettent d’éviter des maladies graves et de renforcer la résilience des enfants face à un environnement déjà hostile.
L’école comme refuge : apprendre malgré tout.
Face à ces défis, l’éducation constitue l’un des rares piliers de stabilité. Dans les camps de Tindouf, plus de 40 000 enfants étaient scolarisés en 2023, preuve d’un effort considérable pour maintenir un système éducatif fonctionnel dans un contexte d’urgence prolongée. L’école y joue un rôle essentiel en offrant un espace sécurisé et adéquat à l’éducation complète des enfants malgré les difficultés et pour une projection vers l’avenir.
Pourtant, la qualité de cet enseignement demeure inégale. Seulement un élève sur deux atteint les compétences minimales attendues en fin de primaire. Le droit à l’éducation est formellement assuré mais reste fragile. Malgré le nombre d’enfants scolarisés, les classes sont surchargées, atteignant parfois plus de 60 élèves, et les besoins en fournitures scolaires sont élevés. L’accès à des infrastructures de base reste également inégal, avec une partie des écoles sans accès suffisant à l’eau. À cela s’ajoute le manque d’enseignants, fragilisés par des conditions de travail difficiles.
Dans ce contexte, l’UNICEF joue un rôle très concret dans le maintien du système éducatif. L’organisation soutient en premier lieu la fourniture et la distribution de matériel scolaire, afin de réduire les pénuries de manuels, cahiers…. Elle participe également à l’amélioration des infrastructures scolaires, notamment par la réhabilitation ou la reconstruction partielle d’écoles dans les différents camps. Un autre axe central de son action concerne les enseignants. L’UNICEF appuie la formation et le renforcement des capacités du personnel éducatif, afin d’améliorer les méthodes d’enseignement et de stabiliser un système fragilisé par des conditions de travail difficiles et un manque d’incitations.
Enfin, l’organisation intervient aussi sur les conditions d’apprentissage globales en lien avec l’eau, l’hygiène et la nutrition dans les écoles, notamment par l’amélioration des installations WASH (eau, assainissement et hygiène), qui permettent de garantir un environnement plus sûr et plus propice à la scolarisation, d’après le “Plan de Réponse pour les Réfugiés Sahraouis (PRRS) 2024“.
Sensibiliser pour ne pas oublier
La situation des enfants réfugiés sahraouis est souvent décrite comme une « crise oubliée ». De ce fait, lorsqu’une crise s’installe dans la durée, elle disparaît peu à peu de l’actualité, des priorités politiques et parfois même de la conscience collective. Et avec cette invisibilité progressive, ce sont aussi les enfants qui risquent de disparaître du regard du monde.
Sensibiliser, dans ce contexte, c’est d’abord refuser cette forme d’oubli. C’est rappeler que derrière des chiffres que présente l’UNICEF; des milliers d’élèves scolarisés, des cas de malnutrition, des consultations médicales, il y a des enfants bien réels, avec les mêmes droits que tous les autres. Le droit à l’éducation, à la santé, à une alimentation suffisante ne devrait jamais être mis en arrière plan mais toujours protégé et assuré avant tout surtout dans une situation de crise.
Dans cette dynamique, le travail de l’UNICEF est essentiel, car il montre que des solutions concrètes existent déjà : maintenir l’accès à l’école, améliorer les conditions d’apprentissage, vacciner les enfants, lutter contre la malnutrition. Mais ces actions, aussi indispensables soient-elles, ne peuvent pas exister seules… Elles dépendent d’un engagement continu à travers le pays mais aussi le monde entier pour assurer un financement et une attention continue. C’est là que le rôle de chacun devient important. Sensibiliser, c’est aussi un acte collectif. Cela passe par le fait d’informer, de partager, de refuser l’indifférence en popularisant cette situation à travers les réseaux sociaux. C’est reconnaître que ces enfants ne sont pas “loin” de nous dans le sens de l’importance, mais seulement géographiquement. Et que leur protection dépend aussi de la capacité du monde à ne pas détourner le regard.
Conclusion
En conclusion, les camps de Tindouf illustrent les limites de la réponse humanitaire face à une crise qui s’est installée dans la durée. L’UNICEF joue un rôle marquant pour protéger les droits des enfants sahraouis réfugiés. Mais préserver l’essentiel n’est pas suffisant puisque la situation est menacée à chaque réduction de budget et à chaque détournement de l’attention internationale. La solution serait de la populariser en continu grâce aux réseaux sociaux où la mobilisation doit dépasser le seul cadre humanitaire en étant diplomatique, politique et collective. Luttons tous ensemble pour que ces enfants grandisse toujours avec les mêmes droits que nous.
Par Zeina BABA-KHELIL

